Terre comme Automne

 

 

Mon Royaume

Si j’osais aimer, si j’osais rêver

Le temps d’un sommeil

Le temps d’être au ciel

Le temps vautour

Le temps qui court

Si j’osais oser, si j’osais confier

Les traces que tu laisses

Ton parfum qui caresse

Tant pis si je suis bête

J’ai ta voix plein la tête

Si j’osais tomber, si j’osais saigner

Quand tu me regardes

Comme en moi ça barde

La vague qui me prend

Les délires du vent

Si j’osais donner, si j’osais lâcher

Tous les mots en laisse

Tout mon feu aux fesses

Les désirs en miettes

Le noir dans mes fêtes

Elles sont là mes envies

Bien cachées sous mon lit

Mais j’ose maintenant,

Le cœur nu et sans gants,

Et tant pis d’être bête

J’ai tes mains plein la tête

C’est toi mon homme, c’est toi ma femme

C’est toi mon frère, c’est toi ma flamme

C’est toi que j’aime, c’est toi l’amour

L’aube des heures, le corps du jour

Je t’attendais, au creux des champs

Je t’attendais, dans mes amants

Partout en toi surgit ma vie

Je t’attendais, au bord des nuits

Je t’attendais, si tu savais

Ce que ça fait, d’être au secret

Mais tant pis d’être bête

J’ai que toi dans la tête

Et je suis comme une môme

Car c’est toi mon royaume.

 

O comme Hiver

 

 

Le fond des océans

T’as vu la gueule qu’il a

Le fond des océans

T’as vu le mal de soi

Quand ça hurle au-dedans

Quand tu te tues la foi

A rêver hors du sang

A te briser la joie

Méticuleusement

T’as vu comme il s’ébat

Le fond des océans

A t’ouvrir en deçà

A oublier les gens

Que toi et le trépas

Irrémédiablement

A fouiner comme un rat

Dans la terre qui ment

T’as vu comme il te croit

Le fond des océans

A ce que tu dis pas

La folie plein les dents

Et tout ton corps à plat

Comme enterré vivant

Et la rage se noie

En silence et attend

T’as vu la gueule qu’il a

Le fond des océans

Que des poissons sans voix

Que des heures sans vent

Tu vas étouffer là

Sors d’ici maintenant

Avant que le ciel las

T’oublie infiniment.

R comme Printemps

 

Sublimer l'accident

Sublimer l’accident

Vivre tambour battant

Enlacer les tourments

Sublimer l’accident ;

 

Oublier l’or du temps

Prendre un fleuve d’argent

Danser éperdument

Sublimer l’accident ;

 

Rêver immensément

Hors des lois et des vents

Tisser le firmament

Sublimer l’accident ;

 

Aimer le cœur vibrant

La faille au bord du sang

Embrasser l’imprudent

Sublimer l’accident ;

 

Être profondément

Le mot nu et tremblant

Se donner au présent

Sublimer l’accident.

Feu comme Été

 

 

Si... Tu seras une femme,

ma fille

Hommage au poème de Rudyard Kipling « Si tu seras un homme, mon fils"

 

Si tu peux voir l’amour dans l’ombre de la haine

Caresser chaque jour d’une flamme sereine

Si tu peux ne jamais t’aveugler de colère

Et embrasser le mal au plus haut de l’hiver ;

 

Si tu peux faire ouvrage de toutes les chutes

Être au cœur de tes fautes, aussi tendre que juste

Si des juges assoiffés, tu peux te défaire

Et garder ta confiance, absolue et sincère ;

 

Si tu peux être fière de ton âme fragile

Des blessures et chaos, de tes failles dociles

Et apparaître nue au monde déguisé

Avec force et sagesse, en pure vérité ;

 

Si tu peux être en joie, si tu peux rester vive

Quand le cynisme luit, quand les rancœurs dérivent

Si tu peux accueillir du plus simple sourire

Le monde tel qu’il est, de son meilleur au pire ;

 

Si tu peux, toujours, sentir la grâce des êtres

Jusqu’aux plus basses vies où l’orgueil règne en maître

Et rallumer la paix qui frémit sous les guerres

Jusqu’au bout de tes nuits, jusqu’au fond du tonnerre ;

 

Si tu peux vivre la perte sans te perdre toi-même

Rester seule, rester libre, aux heures les plus blêmes

Si tu peux tout changer sans avoir peur du vide

Avancer dans ta vie au-delà de ses brides ;

 

Si tu peux rêver loin, jusqu'à oser éclore

Et de toute ta voix, soulever les aurores

Si tu peux te donner à l’audace du ciel

En ouvrant ton courage au berceau de tes ailes ;

 

Alors ton étoile te dira qui tu es

Tu seras la clarté qui veillait en secret

Tu seras l’éternité qui brille

Tu seras une femme, ma fille.

Cinquième Saison

PAYpasSAGE

Je suis le paysage

La beauté de passage

L’automne rouge vermeil

L’hiver bleu qui sommeille

Le nouveau printemps blanc

L’été jaune battant

Tout continue

Tout me voit nu

Je suis la roue du temps

La chanson des enfants

Je suis un soir de blé

Un matin de jonquille

Une journée dorée

Et puis la nuit qui brille

Je suis la peau du ciel

Une orange enflammée

Un citron qui sommeille

Une rose à tes pieds

En toi je résonne

En moi tu frissonnes

Je suis le berceau de tes pas

Le chêne de ta vie

La feuille dans tes bras

Le monde qui grandit

Je suis la terre aimée

Et le chemin sans âge

L’horizon déployé

Et le PAYpasSAGE.